Le Bon Dieu explosa. Tout comme un amateur,
Un apprenti sorcier jouant avec ses citrouilles.
Il explosa tout en préparant sa tambouille
Énergétique au tout début de son labeur.
Le Bon Dieu explosa tout comme une grenouille
En inflation voulant se faire une frayeur,
S’inventant une fable ou cherchant les embrouilles.
Il explosa, certainement à contrecœur.
À peine eut-il créé les quatre coins du monde
Qu’il s’y éparpilla, sans un seul mot d’adieu ;
En myriades d’éclats il dispersa ses ondes,
Au fin fond de tout être, aux confins de tout lieu,
Donnant à l’univers un pouls à son échelle,
Expansion-contraction, pour la vie éternelle.
L’ennui s’installe vite en quatre dimensions,
Droite, avant, gauche, arrière, haut, bas et le temps libre,
S’enfuyant toujours dans la même direction ;
Un cube, un aquarium à poissons pour nos fibres
Stellaires. Paysage, décor, illusion,
Trompe-l’œil pour nos sens. D’un tout autre calibre,
Discrètes, invisibles, les vraies dimensions
Sont enfouies dans notre âme et leur énergie vibre
Avec le pouls cosmique. Écoutez leur écho,
Faites-vous tout petit dans le plus grand silence
Puis sans peur laissez-vous vibrer en résonance
Et vous verrez s’ouvrir les portes du château
Où le temps s’entortille et l’espace se plie,
Où les fantômes fêtent leur nouvelle âmie.
Passant le temps, flânant un soir avec paresse
Dans notre espace courbe, je vis la lumière
Slalomer d’astre en astre et, sans qu’il n’y paraisse,
Se cambrer en tous sens, la tête droite et fière.
On eut dit qu’elle avait vraiment le feu aux fesses,
Evitant de justesse les blocs de matière,
À en croire, n’eut-elle été bonne écuyère,
Qu’elle en avait perdu le sens de la vitesse.
Changeant à chaque instant de repère et cadence
Le Temps lui jouait des tours : elle était à ses trousses
Pour le réprimander, car elle avait la frousse
Qu’on puisse découvrir sa relative essence,
Son art du passe-passe. Fort heureusement,
Les humains n’en faisaient qu’une question d’argent.
J'ai visité le monde du petit temps rond ;
Infinitésimal, refermé sur lui-même
Il s'était replié, planqué en boucle au fond
De son repaire, seul, rêvant à ceux qui s'aiment.
Son grand frère orchestrait les espaces visibles,
Droit, fier, bien décidé à ne point s'arrêter,
Une horloge ayant pris l'infini comme cible,
Mettant au pas toute matière organisée.
Lui s'occupait des énergies de l'invisible,
Liant matière et lumière avec célérité,
Il leur fondait un habit neuf pour leur tournée
En osant quelquefois, sous son air impassible,
Recycler les amours ayant ému sa trame,
Ces énergies aussi connues sous le nom d'âmes.
Quand je me promenai sur l’axe imaginaire,
Je vis tout l’éventail des nombres défiler
Et la réalité du monde fractionnaire,
Entier, irrationnel, relatif se tasser.
Sous mes yeux conventions, signes, fractions de vie,
Tout cela n’avait plus qu’un sens bien illusoire,
Rivé à son manège, un peu comme à la foire,
Esclave d’un espace et d’un temps rabougri.
Ainsi je devisais avec mes congénères
Venus sans prétention explorer ces contrées
Où le réel n’est plus qu’un monde parcellaire
Et les humains des avatars réincarnés,
Quand l’Énergie riante se moqua de nous,
En explosant d’un rire noir hors de son trou.
Chemin d’étoiles sur la crête du Néant
Où s’engouffrent d’espoir les pensées les plus claires
Attirées au chevet de ton trou noir géant
Qui sans pitié les engloutit dans son repaire,
Connaissance ! Pourquoi cet ingrat traitement
Pour tes fils recherchant la source de Lumière
Que les deux infinis cachent obstinément ?
Vous qui y sacrifiez votre existence entière,
Poètes, philosophes, sages, scientifiques
Et gens de religion, accordez vos discordes !
Voyez qu’en combinant vos vérités uniques
L’unique Vérité dévoilera ses cordes,
Alors vous percevrez cette voix qui résonne
Du chant de l’atome à l’univers qui ronronne.
Dressé comme un cerbère au milieu du passage,
Surgissant de partout au moindre mouvement,
Les têtes à l’affût pour stopper vos élans
Et mettre un point final à votre long voyage,
Un mur en caoutchouc, qui s’allonge et s’étire,
S’étend à l’infini quand on cherche un contour,
Gardien des vieux secrets, coffre-fort, tirelire,
Enceinte infranchissable et point de non-retour.
Derrière ? Un utérus de l’univers naissant :
À coups de contractions, la douleur au visage,
Une Mère en travail pour mettre bas le Temps
Et le Père priant pour que l’enfant soit sage.
Ici se joue le tout dernier maillon qui manque,
Comme si Dieu avait trouvé la bonne planque.
N’y pensez même pas ! L’espace vous dépasse
Et vos petites jambes ne sont pas taillées
Pour vous y promener, votre vue est trop basse,
Votre cervelle creuse bonne à empailler.
Car l’infiniment grand comme vous le voyez
N’est qu’un brouillard mental qui vous voile la face.
Voyez comment la goutte d’eau évaporée
De l’océan rejoint un nuage et se déplace,
Voyez le grain de sable dans le vent flotter
Et la lumière aller sans peser un seul gramme.
Faites-vous particule, énergie, photon, âme,
C’est tout petit que vous deviendrez grand : vibrez,
Laissez-vous transporter, ondes en contrepoint,
Car avec votre corps vous n’irez pas bien loin.
C’est un tout petit monde avec des habitants
Quantiques en constante agitation ; ils viennent
Et vont de ça de là courant dans tous les sens
En proie à une vague activité brownienne.
Bardés d’incertitude ils traversent l’écran
Du monde. Quelques-uns, pour qu’on ne les retienne,
Circulent en vitesse sans prendre le temps
De vous saluer, speedés par la vie quotidienne ;
D’autres plus ambitieux, visant célébrité,
Vont se couper en quark pour laisser une trace.
Mais la plupart préfèrent se fondre en la masse,
Anonymes, discrets, conservant au secret
Leur énergie vitale. Ainsi vont les affaires
Au pays des petits. Tout comme chez leurs pères !